POURSUITE EN DIFFAMATION Louise Mailloux réclame 68 000$ à Dalila Awada

29 janvier 2015 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
Louise Mailloux
Photo: Jacques Nadeau Archives Le DevoirLouise Mailloux

Poursuivie pour diffamation par Dalila Awada, Louise Mailloux non seulement demande que soit retirée cette charge contre elle, mais réplique en réclamant 68 000 $, estimant que c’est elle qui a été diffamée. Dans le document de la défense déposé mercredi et dont Le Devoir a obtenu copie, elle nie ou elle doute de la conformité de certaines allégations de Mme Awada, une jeune militante féministe anti-charte connue du public, qui en mai dernier avait lancé une poursuite et réclamé 120 000 $ en dommages moraux et punitifs.

Selon Mme Mailloux, enseignante de philosophie et ancienne candidate du Parti québécois, cette poursuite et la façon dont elle a été reprise sur la place publique et dans les médias ont fait d’elle une persona non grata, ce qui l’a privée de revenus. Elle allègue qu’elle ne publie plus autant d’articles et qu’elle est moins invitée à des débats et des émissions de radio ou de télévision qu’auparavant. Cette poursuite l’aurait aussi grandement affectée émotivement, l’empêchant de prendre la parole en public et lui causant stress et insomnie, d’où les 68 000 $ réclamés (53 000 $ pour diffamation et perte de revenus et 15 000 $ en dommages punitifs.)

Dans sa défense, Louise Mailloux soutient que Dalila Awada n’a pas bien assumé les conséquences de ses prises de position publiques dans le débat sur la charte de la laïcité. Selon la philosophe, l’attaque en cour perpétrée à son endroit en est la preuve, et c’est là une tentative de bâillon. « Malheureusement, plutôt que d’accepter les contrecoups inhérents à sa prise de position publique, [Dalila Awada] a choisi d’intenter une poursuite abusive contre la défenderesse Mailloux afin de la discréditer dans l’opinion publique dans le but de la bâillonner », peut-on lire dans son document de défense et sa demande reconventionnelle.
Réputation salie

La militante laïque intente donc une poursuite pour diffamation, estimant que sa réputation a été salie dans les médias, en grande partie par l’avocate de Mme Awada, Anne-France Goldwater, qui a donné plusieurs entrevues sur le sujet à des émissions de télévision, à Télé-Québec et à Radio-Canada notamment. « […] des propos énoncés par [Me Goldwater] lors des entrevues qu’elle a accordées aux médias portent atteinte à la réputation de la défenderesse Mailloux, en donnant notamment l’impression que celle-ci aurait qualifié la demanderesse de terroriste », souligne la requête.
Défendue par Patrick Ouellet, du cabinet Woods, Mme Mailloux n’est pas la seule à être visée par la poursuite de Mme Awada : Philippe Magnan et la Société des amis de vigile.net le sont aussi. Toutefois, selon ses dires, son nom est le seul à être repris par les médias pour désigner la poursuite, ce qui nuit à sa réputation et à son image, fait-elle valoir. Mme Mailloux croit également que c’est pour cette raison qu’elle est devenue persona non grata dans les médias et qu’elle n’a par conséquent plus été invitée pour commenter des sujets d’actualité ayant trait à la laïcité, comme les attentats à la rédaction de Charlie Hebdoet ceux perpétrés au parlement d’Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu.

URGENCE LAÏCITÉ? Conférence de Louise Mailloux

Photo de Annie Andrée Chouinard.

URGENCE LAÏCITÉ? Conférence de Louise Mailloux

6 mars, à 19:00

Pour les gens de Québec et les environs!

Tel que promis Louise Mailloux se déplace à Québec pour vous. Une conférence à ne pas manquer suivie d’une période de questions avec Mme Mailloux! Une soirée dynamique où le sujet de la laïcité et des événements d’actualités entourant ce dossier seront au menu et plus encore! Une soirée qui promet! Faites-vite les places sont limitées. Prix du billet: 15$ + frais d’admission.

Pour l’achat de votre billet en ligne cliquez ici:

http://www.eventbrite.ca/e/billets-urgence-laicite-de-la-laicite-a-lactualite-conference-de-louise-mailloux-15587392310

Urgence Laïcité? De la laïcité à l’actualité!

La laïcité, c’est quoi au juste? Y a-t-il deux sortes de laïcité, l’une ouverte et l’autre fermée? Et les Chartes, à quoi et à qui servent-elles? Quel lien avec le multiculturalisme? Le rapport Bouchard-Taylor et la Charte des valeurs; des orientations et des enjeux opposés.

La présence de l’islam au Québec, ça change quoi? Et pourquoi le voile islamique est-il devenu un sujet incontournable? Les laïques sont-ils devenus xénophobes ou islamophobes? Le Québec est-il différent du reste de l’Occident? L’intégrisme au Québec, réalité ou paranoïa? Pourquoi les militants laïques qui critiquent l’intégrisme se retrouvent-ils devant les tribunaux? Est-ce une atteinte à la liberté d’expression? Peut-on alors parler de djihad juridique?

Pourquoi vouloir vivre dans un Québec laïque? Est-ce urgent d’agir aujourd’hui et que pouvons-nous faire concrètement pour la laïcité?

Cette conférence couvre tous les aspects de la laïcité et vous permettra de poser toutes vos questions. De la laïcité à l’actualité!!!

Une conférence organisée par Vigilance Laïque

https://www.facebook.com/events/837844542944811/?fref=ts

YWCA Québec 
855, avenue Holland 
Québec (Québec) G1S 3S5 

Défense et demande reconventionnelle de Louise Mailloux

Faisant suite à la poursuite intentée contre moi par Dalila Awada, voici le document relatif à ma défense que mon avocat,  Me Patrick Ouellet du cabinet Woods, a signifié aujourd’hui à ses procureurs.

Defense et demande reconventionnelle de Louise Mailloux

Considérant que Dalila Awada a choisi d’intenter une poursuite abusive contre moi, afin de me discréditer dans l’opinion publique dans le but de me bâillonner

Je demande à la Cour :

– De rejeter la poursuite intentée par Dalila Awada

– Et de condamner celle-ci à me payer au total $68,000.00 pour atteinte à ma réputation

Pour ceux et celles qui souhaitent m’aider à financer ma défense, vous pouvez faire une contribution en cliquant ici

Djihad juridique

Allocution présentée à la soirée-bénéfice du journal Les Immigrants de la Capitale

Je suis très heureuse d’être parmi vous ce soir pour assister à cette soirée-bénéfice en soutien au journal les Immigrants de la Capitale qui fait face à une poursuite en diffamation de 150 000 $ de la part d’un couple de musulmans.

Cette poursuite est la première en date d’une série d’autres attaques judiciaires ciblant d’honnêtes citoyens exerçant leur liberté de parole. En 2012, il y a eu celle intentée contre l’écrivaine et militante Djemila Benhabib, poursuivie en diffamation par une école musulmane de Montréal, suite à une entrevue qu’elle a accordée à l’émission de Benoît Dutrizac. Djemila est poursuivie pour 100 000 $. La plus récente est la poursuite en libelle diffamatoire intentée par Dalila Awada contre Philippe Magnan du site Poste de veille, la société des amis de Vigile et moi-même au montant de 120 000 $. Et nous apprenions lundi que même le gouvernement fédéral est poursuivi en diffamation par le Conseil national des musulmans canadiens pour le montant de 100 000 $.

Je pense qu’à ce stade, on peut parler de djihad juridique et parce que les accusations de racisme, de xénophobie et d’islamophobie à notre égard ne suffisent plus, certains choisissent de recourir aux tribunaux pour nous intimider, nous bâillonner, terroriser tous ceux qui prennent ou qui souhaiteraient prendre la parole sur des questions de laïcité et d’intégrisme religieux. Nous ne nous tairons pas!

Depuis l’annonce de cette poursuite, mon silence a pu être interprété par certains comme une acceptation de ces accusations. Il n’en est rien. Je récuse ces accusations. Je n’ai tenu aucun propos de caractère diffamatoire à l’égard de Dalila Awada. Ses allégations sont fausses, tendancieuses et mensongères et sa requête est sans fondement.

Participer au débat public, au choc des opinions et des idées ne s’apparente en rien à de la diffamation. C’est bien plutôt le signe d’une société libre et démocratique, respectueuse de la diversité des opinions, une société où la liberté d’expression est ce droit fondamental qui permet la critique des religions et la divulgation des courants intégristes et ses ramifications.

Par cette poursuite abusive, inappropriée, injuste et déraisonnable à mon égard, Dalila Awada a transporté le débat politique sur le terrain juridique dans le but exprès de me bâillonner et de me faire taire. Je ne me tairai pas!

Instrumentaliser les tribunaux comme elle le fait pour judiciariser le débat public et museler des citoyens qui défendent la laïcité est tout simplement odieux. Le Québec est une démocratie, pas une dictature et il n’est pas question d’y limiter la liberté d’expression qui est au coeur de notre culture et de nos institutions.

Dans une société démocratique, on ne peut tenter directement ou indirectement d’empêcher toute expression libre qui s’inscrit dans le cadre de la loi. Dans une société dite libre et démocratique, il est interdit d’utiliser le système judiciaire pour réduire au silence ses adversaires politiques.

Nous allons donc, mon avocat et moi, répliquer par tous les moyens jugés appropriés en justice et nous allons poursuivre Dalila Awada pour atteinte à mes droits fondamentaux.

On ne porte pas atteinte à la dignité et à la réputation d’une personne impunément. Dalila Awada m’a amené à tort devant les tribunaux, elle devra répondre de ses actes et en assumer les graves conséquences qui découlent d’un abus de justice.

Vous aurez compris que cette cause dépasse largement ma personne tout comme celle de l’éditeur des Immigrants de la Capitale, Mihai Claudiu Cristea, celle de Djemila Benhabib, de Philippe Magnan et des amis de Vigile. Cette cause est celle de tous les Québécois parce qu’elle concerne le respect inaliénable de la liberté d’expression sans laquelle le terrorisme intellectuel s’installe.

Cette cause est aussi la vôtre parce qu’elle engage l’avenir et les fondements même de notre démocratie. Cet avenir qui se joue maintenant au Québec, c’est l’avenir de la liberté de presse, celle des citoyens participant au débat public sur des questions d’intérêt public comme celles de laïcité, de religion et d’intégrisme. Cet avenir, aujourd’hui devant vous, je m’engage à le défendre et à le préserver.

Mais pour gagner ce combat, nous avons besoin de vous, de votre appui moral mais aussi de votre soutien financier. N’oubliez pas qu’un des aspects importants de ce genre de poursuite est de vouloir nous épuiser financièrement. Et comme l’argent ne pousse pas dans les arbres, je compte sur votre générosité.

Le 4 juin prochain aura lieu notre première comparution en cour au Palais de justice de Montréal. Elle sera suivie d’une conférence de presse dont le but est de faire connaître à la population les enjeux de cette poursuite et la façon dont mon avocat et moi entendons y répliquer. Nous annoncerons en même temps la création d’un fonds de soutien à ma cause. Le lendemain 5 juin s’ouvrira à Québec le procès concernant le journal Les Immigrants de la Capitale. C’est le début du Festival des poursuites!

Ces batailles juridiques sont d’une importance politique décisive en ce qu’elles vont tracer la voie de l’avenir; soit de protéger la liberté d’expression ou soit d’empêcher toute critique de l’islam et de l’islamisme. Voilà l’enjeu véritable qui se cache derrière ces attaques vicieuses.

Nous devons mobiliser toutes nos énergies, nos compétences et nos ressources, se solidariser, s’organiser et travailler ensemble. Et c’est ensemble que nous gagnerons!

Québec

28 mai 2014