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Louise Mailloux contre-attaque

La militante pro-charte poursuit Dalila Awada pour « abus de justice »

Parce qu’elle considère qu’il y a « abus » de justice et qu’on tente de la museler, la militante pro-charte Louise Mailloux entend contre-attaquer en cour en répliquant à une poursuite déposée contre elle par Dalila Awada. 

Il y a trois semaines, Le Devoir révélait que Mme Awada, une militante anti-charte connue du public, réclamait pour 120 000 $ en dommages moraux et punitifs à Mme Mailloux et au site Internet vigile.net, pour diffamation. « Nous allons donc, mon avocat et moi, répliquer par tous les moyens jugés appropriés en justice et nous allons poursuivre Dalila Awada pour atteinte à mes droits fondamentaux », a déclaré l’ex-candidate péquiste dans un enregistrement fait par Radio X à Québec, lors d’une soirée-bénéfice en soutien au journal Les Immigrants de la capitale, également poursuivi pour des raisons similaires.

Mme Mailloux fera valoir que la poursuite que Dalila Awada intente contre elle est en réalité une poursuite bâillon. « Je ne jouerai pas le jeu de la demanderesse de vouloir faire trancher un débat de société portant sur la laïcité par des juges », a dit Mme Mailloux. Elle a également l’intention de montrer qu’il y a multiplication de ce genre de causes, évoquant celle contre Djemila Ben Habib menée par une école musulmane.


 

Les ‘Inclusifs’ et l’affaire Awada LA DIABOLISATION ET LA CENSURE

Par André Gagnon | 19 mai 2014, Magazine Être

Comme plusieurs observateurs l’ont souligné déjà, la poursuite intentée par Dalida Awada contre Philippe Magnan et le site Poste de veille, Louise Mailloux et le site Vigile.net, poursuite à laquelle est associé jusqu’au cou Me Rémi Bourget, le président de Québec inclusif, a ceci de particulièrement sidérant qu’elle origine de cette mouvance soi-disant ‘inclusive’ qui utilise depuis des mois, sinon des années, les pires anathèmes contre les militants et militantes laïques et qui ne se gêne pas pour les qualifier de ‘racistes, de xénophobes, d’islamophobes’, de ‘sexistes’, ‘d’extrême-droite’, et j’en passe.

La diabolisation

Judith Lussier

J’en ai moi-même fait les frais dès le début du débat sur le projet de charte de la laïcité sous la plume de Judith Lussier, une des quatre cosignataires du ‘Manifeste pour un Québec inclusif’. Visiblement mécontente de la réponse que nous avions adressée à Me Bourget qui, dans une tribune libre, faisait une analogie à la limite de l’indécence entre homophobie et ‘islamophobie’, Mme Lussier, après m’avoir interviewé pour le journal Métro le 25 septembre, mais n’ayant rien publié devant la solidité de nos arguments contraires aux siens, se lançait le 12 novembre dans une grande diatribe contre moi et le collectif LGBT pour la laïcité où les grands anathèmes des ‘inclusifs’ étaient repris.
Citant un auteur anonyme, Mme Lussier alléguait que ‘’Ce groupe diffuse, presque quotidiennement, des propos haineux sur les musulmans, y allant de généralisations abusives, de procès d’intention et de propagation de faux témoignages et pseudo-documentaires trouvés sur YouTube. Les affirmations insidieuses et fallacieuses sur l’islamisation des pays occidentaux et sur la violence qui serait inhérente à l’islam y sont courantes. Paradoxalement, les membres du groupe ont régulièrement recours à des discours qui proviennent de commentateurs d’extrême-droite états-uniens et européens.’’
Et sans pouvoir soumettre l’ombre d’une preuve à l’appui, ces propos devenaient les miens. ‘’Le plus troublant est qu’en public, aucun leader de la «communauté LGBT» ne critique les propos de M. Gagnon et de ses acolytes pour ce qu’ils sont : des propos racistes, xénophobes, islamophobes et même sexistes.’’
Des propos allégués sur un groupe Facebook ouvert dans le cadre du grand bouillonnement d’idées suscité par le débat sur la Charte, sur une question jamais vraiment abordée de front dans la communauté LGBT et encore moins sur la place publique, m’étaient imputés et généralisés sans aucun discernement à l’ensemble des membres du groupe.
Mme Lussier avait été obligée de se rétracter, ce qu’elle fit du bout des lèvres il va sans dire, et nous avions eu droit à une réplique à la demande du rédacteur-en-chef. Mais malgré cette reconnaissance du caractère injurieux de cette attaque, de nombreux partisans d’un ‘Québec inclusif’ ont continué à diffuser ce texte diffamatoire.
Loin de dénoncer ce torchon diffamatoire, alors que nous étions le seul groupe de la communauté LGBT qui osait briser le silence sur nos réalités dans ce débat, Québec inclusif en avait remis en nous accusant ‘’d’instrumentaliser la cause LGBT’’ tout en se frappant la poitrine en essayant de nous faire croire que ‘’Québec Inclusif se bat pour la défense des droits des minorités quelles qu’elles soient’’. C’est sûrement pour cette raison que le jour même de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, ce 17 mai, au moment où la communauté LGBT commémorait le 25e anniversaire du meurtre homophobe sordide du militant gai Joe Rose, Québec inclusif n’avait rien de mieux à dire sur sa page Facebook que de louanger la poursuite de Dalila Awada.
Tout un contraste aussi avec toutes les touchantes considérations que Mme Lussier peut avoir pour ‘la réputation’ de Mme Awada et les belles leçons qu’elle nous donne dans un billet à son sujet dans son blogue sur le site du journal Métro : « La tradition journalistique a toujours tenu la rigueur, la transparence et la véracité des faits en haute estime, mais surtout pour assurer de maintenir sa crédibilité.’’ Elle aurait peut-être pu nous préciser à quel niveau elle se situe elle-même en la matière?
Louise Mailloux, une militante féministe, laïque, ouvertement bisexuelle, qui fait aujourd’hui l’objet de la poursuite bâillon intentée par Dalila Awada, a elle aussi fait les frais de cette campagne de dénigrement. Alors qu’elle se présentait pour le Parti Québécois dans Gouin, on est allé jusqu’à l’accuser de nazisme, rien de moins.

Et si on mettait le débat en perspectives

Le délire des ‘inclusifs’ sur le soi-disant caractère ‘raciste, xénophobe, islamophobe’ de l’appui des militants et militantes pour la laïcité au projet de Charte est particulièrement évident quand on le met en perspective : ils accusaient de ‘racisme et de xénophobie’ la même femme, Pauline Marois, et le même parti, le Parti Québécois, qui ont permis au Québec de franchir le plus grand pas des dernières décennies en matière d’intégration, de laïcité et de respect de la liberté de conscience : la déconfessionnalisation du système scolaire québécois. Une déconfessionnalisation qui a mis fin aux privilèges des religions chrétiennes, catholiques et protestantes et qui a ouvert la voie à la prise en compte des réalités des minorités sexuelles ostracisées depuis des millénaires par les principales religions.

Ils accusaient et accusent de racisme et de xénophobie les mêmes personnes qui militent entre autres contre la prière dans les conseils municipaux et les cours de religion dans les écoles. Ce sont là toutes des mesures qui s’attaquent principalement aux privilèges des religions majoritaires au Québec et au Canada. Comment peut-on qualifier de ‘racistes’ et de ‘xénophobes‘, ceux-là même qui, tout en étant blancs et éduqués dans la religion chrétienne, se sont attaqués aux privilèges des religions de la majorité blanche et chrétienne du Québec et du Canada?
dalida awada

Féministe… et musulmane

Alors que les militants et militantes laïques défendent depuis des décennies un discours consistant sur la question, on ne peut pas en dire autant des partisans de la ‘laïcité inclusive’. Ceux-ci sont plutôt adeptes du double discours et de l’ambiguïté. Devant l’ampleur de leurs contradictions, on ne peut se surprendre de leur propension à vouloir censurer toute critique.
Et ceci se reflète dans la poursuite de Dalila Awada. D’une part, dans toute son action, Mme Awada dénonce l’association faite entre sa position en faveur du port de signes religieux et l’intégrisme religieux ou son implication alléguée dans la mouvance islamiste. Elle s’y présente comme une militante féministe et pour la laïcité. Mais elle prend grand soin de passer sous silence son implication dans tout ce qui est à caractère musulman, que ce soit le féminisme musulman, l’Association Bridges ou le Centre communautaire musulman de Montréal. Si elle nie tout lien direct avec Présence Musulmane, le Congrès musulman canadien ou la Ligue islamique mondiale, elle ne nie pas pour autant son implication dans l’Association musulmane Bridges qui pratique la ségrégation sexuelle, ni sa participation au Centre communautaire musulman de Montréal dont l’imam chiite Ali Sbeiti a été formé en Iran des Ayatollahs. Pourquoi taire cet aspect pourtant évident de sa personnalité qui est à la base même de son engagement dans le débat sur la laïcité?
Est-ce qu’on doit se surprendre quand on entretient une telle ambiguïté de faire l’objet de suspicions? Comment peut-on être militante féministe et adhérer à une religion des plus résolument patriarcales sur cette planète et en défendre un symbole de soumission des femmes aussi évident que le voile islamique, fréquenter une association qui pratique la ségrégation sexuelle, posent avec raison de très nombreuses féministes ici et à travers le monde? Comment peut-on être pour la laïcité de l’État tout en préconisant le libre affichage de symboles de religions porteuses de discrimination envers les femmes et les minorités sexuelles, se demandent plusieurs? Nos ‘féministes musulmanes’ comme Dalila Awada ne font rien pour répondre vraiment à la question.
Dans la communauté LGBT, la question du voile islamique ne fait pas l’objet d’un grand débat. Je n’ai jamais rencontré dans cette communauté des lesbiennes, des bisexuelles ou des transsexuelles portant le hidjab. On y est surtout préoccupé par le retour multiforme de religions résolument homophobes qui profitent de toutes les ouvertures notamment celles offertes par le caractère ambigüe de la ‘neutralité religieuse’ de cette monarchie constitutionnelle de droit divin qu’est le Canada, une monarchie qui garantit la liberté de religion et de conscience, mais reconnait aussi la suprématie de Dieu, qui garantit dans ses lois un statut privilégié aux religions, et aussi par le biais du ‘multiculturalisme’.
Mais nous sommes très certainement intéressés à savoir ce que pensent ces féministes se réclamant d’une des religions les plus activement homophobes sur la planète, de nos droits et de la nécessaire lutte à l’homophobie. Le féminisme a été depuis des décennies une alliée et une inspiration pour le mouvement de libération LGBT. Il est naturel que nous nous interrogions quand on veut adapter cette idéologie au goût des religions aussi crûment patriarcales et homophobes que les religions catholique ou musulmane.
Et comment ne pas le faire?
Lors de la comparution devant la Commission Bouchard-Taylor, l’organisme Présence musulmane dont la ‘féministe musulmane’ Asmaa Ibnouhazir était porte-parole, tenait ce genre de double discours. Devant la Commission, l’organisme affirmait son attachement à la charte québécoise et notamment à l’interdit de discrimination y compris en matière d’orientation sexuelle. Il affirmait de plus dans un paragraphe abordant la hiérarchisation des droits que ‘’par ailleurs, dans chaque état démocratique, existent des lois civiles et criminelles dont le but est, entre autres, de protéger les individus de toute agression morale ou physique. Il est alors évident qu’aucune pratique religieuse ou culturelle destinée à nuire expressément à autrui ne peut être tolérée.’’
En 2009, quelques jours après l’annonce par le gouvernement du Québec d’une subvention destinée à la lutte contre l’homophobie parmi les communautés culturelles, l’organisme mettait en ligne un texte de Tariq Ramadan, son maître à penser, où cet islamiste libéral affirmait qu’aucune courant de l’Islam ne saurait accepter l’homosexualité et énonçait une position assez identique à celle de l’Église catholique. Confrontée à ce fait lors d’un Rassemblement souverainiste pour un Québec inclusiforganisé par Québec Solidaire le 20 octobre dernier où elle prenait la parole, Asmaa Ibnouhazir, aujourd’hui porte-parole de la Collective des femmes musulmanes, a prétendu ne pas se souvenir de cette prise de position de l’organisme qu’elle représentait jusqu’en 2008. Elle affirmait du même souffle ne pas voir de privilèges religieux dans l’article 319.3.b du Code criminel canadien qui protège ceux et celles qui font de la propagande haineuse en se basant sur des opinions ou textes religieux… Tout un contraste avec la beau discours tenu en 2007 contre la ‘hiérarchisation des droits’! Mme Ibnouhazir n’a de toute évidence aucun problème avec les privilèges religieux qui permettent d’attaquer la dignité des personnes LGBT en toute impunité en s’appuyant sur le prêchi-prêcha religieux.
Cette Collective des femmes musulmanes, Dalila Awada ne peut prétendre ne pas la connaitre puisqu’elle cosignait sa déclaration ‘Pas en notre nom’ contre le projet de Charte.
Mme Awada y allait elle-même du même genre de beau discours alambiqué sur les femmes musulmanes voilées et l’homosexualité dans le cadre du débat sur la Charte. Sur son blogue ‘Les femmes musulmanes doivent être sauvées’ sur Voir.ca, elle déclarait le 12 février :
‘’Un exemple tout simple, mais qui est revenu souvent dans le contexte actuel, celui de l’homosexualité. Le 15 janvier dernier, lors de la commission parlementaire, le ministre Drainville a repris un exemple fictif stipulant qu’il serait embarrassant pour un jeune homosexuel rejeté par sa famille musulmane de se retrouver face à une infirmière voilée. Cet exemple sous-entend qu’il existe un parallèle inévitable entre le fait d’afficher sa religiosité et le fait d’être frileux face à l’homosexualité.
N’est-il pas venu à l’idée du ministre que cette infirmière n’est peut-être non seulement pas homophobe pour deux sous mais qu’en plus elle peut être une militante assidue qui œuvre au sein de sa communauté religieuse et culturelle pour une mouvance positive de certains mœurs et l’acceptation de la diversité sous toutes ses formes? (…)
En fait, tout employé a un bagage d’expériences différent et cela n’ampute en rien l’objectivité ainsi que le professionnalisme de leur démarche. Au contraire, pourquoi ne pas voir cette diversité chez les fonctionnaires, même visible, comme un atout supplémentaire à l’institution dans laquelle ils œuvrent et non pas comme une lacune qu’il faut gommer à tout prix? Car le problème n’est pas dans l’employée en question, mais bien dans les préjugés que nous nourrissons à son égard.’’
On est ici dans Alice au pays des Merveilles. Si Mme Awada en connait tant de ces femmes voilées qui sont des ‘militante(s) assidue(s) qui œuvre(nt) au sein de (leur) communauté religieuse et culturelle pour une mouvance positive de certains mœurs et l’acceptation de la diversité sous toutes ses formes’, peut-elle nous indiquer l’adresse de la mosquée la plus proche où nous pouvons, gais ou lesbiennes, nous marier? Elle doit bien en connaître une? Une seule?
Le problème serait, selon elle, dans les préjugés que nous nourrissons à l’égard de ceux affichant avec ferveur leur adhésion à des religions qui sont homophobes depuis la nuit des temps. Ne serait-ce pas plutôt à ces communautés religieuses d’afficher leur ouverture si elles veulent changer la perception à leur égard? Il faut quand même une bonne dose de sans gêne pour renverser ainsi le problème.
De plus, s’il n’y a aucun problème de professionnalisme et que tout le monde est objectif comme le prétend Mme Awada, on pourra se demander pourquoi la Commission des droits de la personne a jugé nécessaire de faire un rapport complet sur la question de l’homophobie où il est largement fait état des violations des droits ou de l’accueil pour le moins déficient des personnes LGBT dans les divers services publics? Un rapport où on fait état d’une situation que Mme Awada connait peut-être, celle des jeunes LGBT provenant de familles originaires du Liban et où il est dit :
En raison du degré d’hostilité envers l’homosexualité dans leur communauté d’origine, il n’est pas rare que les personnes homosexuelles et bisexuelles des communautés culturelles soient rejetées et exclues par leur famille et leur communauté. Les personnes dont l’orientation homosexuelle ou bisexuelle est connue sont souvent victimes de violence psychologique et physique. En général, le coming out entraîne un bris des liens avec la communauté d’origine, allant même, parfois, jusqu’à mettre en danger la vie de ces personnes. Dans la communauté libanaise, par exemple, on rapporte que des personnes soupçonnées d’homosexualité et d’avoir ainsi « enfreint l’honneur de la famille » courent le risque d’être assassinées lors d’un séjour au Liban. En raison de ce climat de peur et de violence, la visibilité publique de l’homosexualité est difficile à actualiser dans plusieurs communautés. Les personnes homosexuelles et bisexuelles qui en sont issue choisiront de dissimuler leur orientation sexuelle pour conserver leur place dans la famille et dans la communauté. Plusieurs personnes issues des communautés culturelles hésitent à faire appel aux services offerts, que ce soit par les organismes communautaires, le réseau de la santé et des services sociaux ou les autres services publics, craignant le dévoilement de leur orientation sexuelle à leur entourage et la discrimination qui pourrait s’ensuivre dans leur famille et leur communauté. Elles préfèrent s’en remettre au soutien obtenu de la part d’un cercle restreint d’ami-e-s, souvent de même origine. Ce fonctionnement en réseau relativement fermé peut contribuer à l’isolement et au déficit d’intégration sociale d’un bon nombre de personnes de minorités sexuelles des communautés culturelles.’’
Cela pourra peut-être permettre à Mme Awada de comprendre pourquoi un jeune musulman expulsé de sa famille ne se sentira pas nécessairement en confiance avec une intervenante voilée?
On pourra aussi se demander par quel heureux hasard parmi les rares personnes se battant encore ouvertement contre les droits LGBT les dévôts des différentes religions occupent la place d’honneur?
Là encore, les préoccupations pour les discriminations qu’on devrait s’attendre de voir chez des féministes viennent de prendre le bord dès que la sacro-sainte liberté de religion des musulmanes est en jeu. Comment de telles ‘féministes’ peuvent-elles avoir de la crédibilité à nos yeux quand elles sont incapables de prendre la défense de ceux et celles qui sont et ont été opprimées depuis des siècles, sinon des millénaires, par leurs propres religions? Comment ne pas se poser des questions sur le sens véritable de leur implication quand on voit leur silence sur ces enjeux qui sont bien de notre temps alors qu’on voit ressurgir un peu partout dans le monde le fondamentalisme religieux qui s’attaque à nos droits, tout un contraste avec leur implication à fond de train pour défendre leurs privilèges religieux?
Si prompts à affubler leurs opposants de tous les pires anathèmes et à les diaboliser, nos ‘Inclusifs’ sont infiniment plus chatouilleux quand on explore leurs contradictions. Mais comment pourrait-il en être autrement? Quand on part en croisade pour défendre la pôvre liberté de religion menacée par la laïcité, quand on doit désespérément faire taire la longue histoire de discrimination dont sont porteuses les religions pour renverser les rôles et crier à la discrimination, peut-on faire autrement que de répéter la pratique millénaire du dogmatisme religieux : la diabolisation et la censure.

André Gagnon


Jihad juridique, nouvel épisode

11 mai 2014 13h40 ·    Blogue Voir, Daniel Baril

Poursuivons tous ceux qui ont qualifié la «charte» et ses supporteurs de xénophobes, dont la juge Anne-France Goldwater.

Dalila Awada vient d’intenter un recours en diffamation contre Louise Mailloux, contre le blogueur de Poste de veille Philippe Magnan et contre le site Vigile.net. Elle leur reproche de l’avoir associée à des réseaux islamistes, ce qui, selon elle, serait faux et aurait provoqué de vives réactions d’hostilité à son endroit.

J’ai lu et relu la requête et visionné à de multiples reprises les vidéos incriminées dont la pièce principale est cette vidéo intitulée «Qui est Dalila Awada? Ce qu’elle ne nous a pas dit à Tout le monde en parle».

Pour l’essentiel, toutes les pièces versées à cette requête ont pour effet de dire que Dalila Awada «oeuvre parmi les réseaux islamistes québécois» ou encore qu’elle est «embrigadée par nos khomeinistes locaux». Elle n’est jamais elle-même qualifiée d’islamiste ou d’intégriste. Dans un échange privé avec Rémi Bourget, président de Québec inclusif, Philippe Magnan a d’ailleurs déclaré que Dalila Awada n’était pas elle-même une intégriste. Cette pièce sera d’ailleurs soumise à la Cour par la plaignante.

Le lien allégué de Dalila Awada avec les réseaux islamistes passe par l’Association Bridges dont les objectifs déclarés sont d’offrir des activités éducatives aux jeunes musulmans. Dans sa requête, Mme Awada ne nie pas être membre active de cette association; son nom apparaît d’ailleurs comme personne-ressource sur des publicités de Bridges. L’Association est dirigée par l’imam Ali Sbeiti du Centre communautaire musulman de Montréal. C’est dans cette mosquée que l’imam chiite d’origine irakienne fait jurer aux fillettes de 7, 8, 9 ans de porter le voile islamique toute leur vie. Toute la défense des intimés devra donc porter sur le caractère et la mission avoués ou non de l’Association Bridges.

Elle était aussi membre de l’exécutif de Québec solidaire de la circonscription de Bourassa-Sauvé au moment où la vidéo en question a été produite.

Exposer ces faits constitue-t-il de la diffamation? Voici ce que dit le professeur de droit Pierre Trudel à ce sujet:

D’une part, les règles du droit québécois de la diffamation prescrivent au juge de déterminer si une faute a été commise. En ces matières, il y a faute lorsqu’on arrive à la conclusion qu’une personne raisonnable placée en pareilles circonstances n’aurait pas prononcé ou écrit les propos qui sont l’objet de la poursuite.[…]

Mais d’autre part, une telle poursuite concerne des paroles et des écrits qui ont été exprimés dans le cadre d’une controverse publique. On le sait, les débats publics peuvent parfois donner lieu à des échanges qui ne conviennent pas à tous les salons. La liberté d’expression doit être prise en compte.

La diffamation comporte aussi habituellement un aspect mensonger. Si les messages de haine xénophobe qu’a reçus Dalila Awada doivent être condamnés sans réserve, aucun des défendeurs n’en est responsable. Par ailleurs, quand on milite pour une cause controversée, on ne se fait pas que des amis et il faut savoir faire face à la musique. Quand on livre un message contradictoire comme celui de Dalila Awada (affichage ostentatoire de sa religion et de sa féminité par modestie…!), il faut s’attendre à essuyer de vives critiques. Quand au surplus on fréquente des endroits et des individus louches, il devient difficile de jouer les saintes-nitouches.

Poursuite bâillon?

Dans les vidéos mises en cause, c’est Ali Sbeiti qui est directement associé à l’islamisme khomeiniste, voire au terrorisme. Pourtant, ce n’est pas lui qui porte plainte mais Dalila Awada. Une personne raisonnable pourrait penser qu’elle est instrumentalisée. Et si les faits exposés dans ces vidéos constituent de la diffamation, pourquoi la plaignante n’a-t-elle pas demandé d’injonction pour en empêcher la diffusion? On peut donc raisonnablement s’interroger sur le véritable motif de la poursuite qui ressemble à une poursuite bâillon.

Cette plainte doit être comprise à la lumière d’autres plaintes du même genre intentées contreDjemila Benhabib, contre le journal Les immigrants de la Capitale et contre Pierre Lacerte. Chacun est à même de constater que, dans ces trois cas, les faits reprochés ne vont pas au-delà de la critique à l’endroit de pratiques et de croyances religieuses contraires aux lois ou aux valeurs d’une société démocratique. Ce sont donc des plaintes qui visent à museler la critique légitime à l’endroit des religions et il faut résister coûte que coûte à ces intimidations.

Parallèlement à ces démarches, des islamistes adressent des menaces de mort à ceux et celles qui ne partagent pas leur point de vue sur la laïcité comme c’est arrivé à la militante Sibel Kosequi a dû faire appel à la police. Il ne s’agit pas d’un cas isolé comme l’a fait valoir en conférence de presse le groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec.

«Intégrisme laïque» et xénophobie

Si tous les militants laïques n’ont pas reçu de menace de mort ou de messages haineux, presque tous ont été associés de près ou de loin à l’«intégrisme laïque», ce qui n’est pas moindre que l’association faite entre Dalila Awada et l’intégrisme musulman.

Bernard Drainville en aurait surement long à dire sur le sujet, lui dont le projet de loi a maintes fois été taxé de raciste et de xénophobe. Un exemple parmi d’innombrables autres: les manifestions «Ensemble contre la charte xénophobe» organisées par No One is Illegal qui affirme que:

«la justification de cette charte […] est xénophobe parce que ceux et celles qui soutiennent la charte font appel au sensationnalisme et à de fausses peurs des autres cultures et traditions, cela faisant partie d’un calcul électoral pour gagner les votes des bigots.»

Ceux et celles qui ont défendue la charte sont donc des xénophobes motivés par l’électoralisme! Wow! Sans parler du mémoire du Collectif québécois contre l’islamophobie, dirigé par Adil Charkaoui, où il est écrit que ce projet de loi est «intrinsèquement discriminatoire» et «contribue à conforter, renforcer et propager la xénophobie, le racisme et l’islamophobie».

Des propos que ne se sont pas gêner d’exprimer publiquement certains opposants comme le montrent ces photos:

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Même s’il prend des détours et use de prudence, le manifeste de  Québec inclusif, écrit par Rémi Bourget, va dans le même sens:

«Si l’on résiste à la tentation de diaboliser les défenseurs de cette conception de la laïcité en leur imputant des intentions racistes et xénophobes […], il n’en demeure pas moins que les conséquences de la Charte peuvent être considérées comme une forme de xénophobie politique.»

Sur le blogue de Rémi Bourget, plusieurs accusent sans ménagement le projet de loi 60 d’être raciste et xénophobe, des propos diffamatoires à l’endroit de ceux et celles qui défendaient ce projet, propos qui risquent d’attiser la haine et que le blogueur n’élimine pas pour autant.

Et que dire du texte de Gérard Bouchard demandant la démission de Bernard Drainville, texte qualifié par certains de fatwa d’ayatollah et qui frise le delirium tremens?

«Intolérance, hypocrisie, démagogie, opérations déshonorantes, imbécillité, malhonnêteté, violation du droit, abus de confiance, épisode particulièrement honteux, déclarations incendiaires et mensongères pour dresser la majorité contre les minorités et les immigrants», et j’en passe, sont tour à tour adressés à l’endroit de Drainville.

Même Philippe Couillard, défenseur du tchador, a associé le projet de loi à la xénophobie.

Mais ça ne peut pas être plus clair qu’avec Anne-France Goldwater: le 14 septembre, quelques jours après le dépôt des orientations gouvernementales sur la laïcité et les accommodements, elle qualifiait« le PQ et leur gang» de racistes sur son Twitter. Anne-France Goldwater, c’est l’avocate qui défend Dalila Awada!!!

Goldwater

Tous ces propos ont insulté, voire diffamé, 70% de la population du Québec. Pourtant, personne, pas même ceux et celles directement visés, n’a porté plainte contre les détracteurs. Même Louise Mailloux n’a pas porté plainte contre le Centre consultatif des relations juives et israéliennes qui l’a associée au Klu Klux Klan parce qu’elle soulevé la question de la «taxe cachère».

Sur sa page Facebook, Julien Villeneuve, allias Anarchopanda, a associé mes propos à ceux d’une «armée de clowns scatophiles» (???). Jusque là, je le trouvais plutôt sympathique le gros nounours-philosophe-de-quatre-sous.

Si je suivais l’exemple de Dalila Awada, je pourrais aussi porter plainte contre André Pratte, Raymond Gravel, Marc Ouellette, Pierre Anctil, André Poupart et les Bérêts blancs qui m’ont associé de près ou de loin à l’«intégrisme laïque».

Cette tolérance des militants laïques républicains et démocrates à l’égard de la liberté d’expression répond aux questions de Jocelyn Maclure qui s’interroge sur les positions philosophiques et morales de ceux qui considèrent la démarche juridique de Dalila Awada comme une poursuite bâillon.


 

Débat sur la laïcité: Dalila Awada poursuit Louise Mailloux

6 mai 2014 |Lisa-Marie Gervais | Le Devoir
Maux de tête, insomnie, harcèlement, sentiment de dé- prime et d’être constamment sur veillée, la jeune militante Dalila Awada dit avoir subi tout cela et plus encore.
Photo : Annik MH De Carufel – Le Devoir  – Maux de tête, insomnie, harcèlement, sentiment de déprime et d’être constamment sur veillée, la jeune militante Dalila Awada dit avoir subi tout cela et plus encore.

La militante féministe anti-charte Dalila Awada poursuit pour diffamation deux fervents défenseurs de la laïcité, dont l’ex-candidate du Parti québécois Louise Mailloux, et le site Internet vigile.net. La jeune étudiante en sociologie à l’UQAM, qui a confié son dossier au cabinet Goldwater Dubé, réclame 120 000 $ au total en dommages moraux et punitifs.

D’un côté : Dalila Awada, Québécoise d’origine libanaise, qui prétend avoir fait l’objet de propos haineux, notamment à la suite des émissions Tout le monde en parle et Denis Lévesque auxquelles elle avait participé. Dans des vidéos circulant sur Internet et dans les réseaux sociaux, elle aurait été qualifiée de « midinette du foulard islamique »,« émissaire du régime khomeiniste »« visage à double face »« militante embrigadée par nos khomeinistes locaux », liée au grand ayatollah Sistani d’Irak et à l’imam Ali Sbeiti et associée à des personnes qualifiées d’intégristes, selon sa requête.

De l’autre : des personnes qu’elle accuse d’avoir véhiculé, diffusé et relayé ces propos, soit Philippe Magnan, qui signe des billets sur le blogue postedeveille.ca, l’enseignante de philosophie Louise Mailloux, qui s’exprime dans les réseaux sociaux, et la Société des amis de vigile.net, une personne morale qui gère le site du même nom.

« Ces personnes ont tout fait pour remettre en doute mon intégrité. Parce que je suis musulmane, je suis rendue coupable jusqu’à preuve du contraire », a déploré Dalila Awada. « C’est légitime qu’on me contredise et qu’on ne soit pas d’accord, c’est ça un débat démocratique, mais c’est allé trop loin. » Elle dit mener ce combat personnel de façon plus large « pour toutes ces femmes musulmanes qui ont pris la parole » pour exprimer leurs opinions anti-charte.

Maux de tête, insomnie, harcèlement, sentiment de déprime et d’être constamment surveillée, la jeune militante dit avoir subi tout cela et plus encore. Elle dénonce qu’on se soit acharnée sur elle avec de tels propos qu’elle estime « erronés » et« diffamatoires », d’autant qu’elle dit avoir toujours été respectueuse dans le débat sur la charte de la laïcité auquel elle a pris part. « Je mets m’importe qui au défi de trouver n’importe quoi de diffamatoire que j’aurais dit à l’encontre de quelqu’un. Je suis restée dans un débat de haut niveau », croit-elle.

« Djihad juridique » 

Louise Mailloux ne mâche pas ses mots pour discréditer cette poursuite. « Les accusations de racisme et de xénophobie [à mon égard] ne suffisent plus, et Dalila Awada a décidé de faire appel aux tribunaux. C’est une façon de m’intimider et de vouloir me réduire au silence », a-t-elle déclaré au Devoir. Au-delà des accusations qui la visent directement, Mme Mailloux, auteure de La laïcité, ça s’impose ! et de Une charte pour la nation, croit que cette poursuite vise plus largement à « remettre en cause le droit à la liberté d’expression, un des fondements de la démocratie »« Ça remet en cause notre droit de participer à des débats publics et de faire des interventions dans des médias et des réseaux sociaux », a-t-elle souligné.

Elle en veut pour preuve plusieurs poursuites visant ceux qui expriment des idées laïques. « Je pense qu’on peut parler de djihad juridique ». Elle rappelle qu’en décembre 2012, un couple musulman de Québec a poursuivi pour 150 000 $ le journalLes immigrants de la Capitale qui a publié un texte et une photo de la femme portant un niqab et de son époux. Il y a un an, en mai 2013, l’auteure Djemila Benhabib a été poursuivie pour diffamation par une école musulmane de Montréal, qui lui reproche d’avoir tenu des propos offensants à son égard dans le cadre d’une émission de radio.« Il y a la bataille juridique, mais c’est aussi quelque chose d’éminemment politique », croit Mme Mailloux.

Mme Awada soutient que ses démarches ne visent pas à intimider. « Je ne fais pas ça pour intimider ou limiter [la liberté d’]expression des autres. Je fais ça pour protéger ma réputation et par amour de cette liberté d’expression, car je considère que la mienne a été piétinée », a-t-elle dit.

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